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Un million de Chinois sous la menace du lac Tangjiashan
De notre correspondante à Pékin PASCALE NIVELLE
QUOTIDIEN : mardi 10 juin 2008

Secousses, inondations, glissements de terrain : quatre semaines après le séisme du Sichuan (plus de 86 700 morts et disparus), la Chine reste en alerte. Depuis dimanche, l’inquiétude se focalise autour du lac de Tangjiashan. Il a commencé à se remplir le 12 mai derrière une digue instable de boue et de rochers, tombés de la montagne dans le lit de la rivière Tongkou. En aval, dans la ville de Mianyang et alentour, une population d’un million d’habitants vit dans la hantise d’un déluge et d’une nouvelle évacuation.

Explosifs. Deux fortes secousses, ressenties dimanche et hier matin, ont rajouté à l’angoisse et créé de nombreux glissements de terrain selon les autorités locales. L’eau continue de s’amasser au rythme de 115 m3 par seconde. «L’équivalent de trois piscines olympiques chaque minute», a calculé le ministre de l’Eau, qui qualifie la situation de «hautement dangereuse». Chaque jour qui passe voit le niveau monter de près d’un mètre, 250 000 personnes ont déjà été déplacées, et les secours chinois sont sur le pied de guerre. Depuis samedi, des centaines de militaires creusent un canal de dérivation large d’une dizaine de mètres et dynamitent les rochers, à coup d’explosifs et de missiles. Une vingtaine de pelleteuses, aéroportées dans la zone, creusent sans relâche. Mais le niveau continue de monter, alimenté par la pluie et provoqué par les nouveaux éboulements. Il faudrait un débit de dérivation trois fois supérieur pour endiguer le flot montant.

Hier, l’Armée populaire de libération a envoyé des renforts d’une centaine d’hommes, avec l’objectif d’élargir le canal de trois à dix mètres et d’en creuser un autre. Dimanche, le travail des équipes a été interrompu par la pluie et la réplique de magnitude 5 qui a duré une dizaines de secondes. De nombreux habitants, terrorisés, se sont enfuis des villages de tente et des immeubles encore habitables pour se réfugier dans la rue. Dans la ville de Mianyang, les rez-de-chaussée des immeubles sont protégés par des sacs de sable et les arbres sont rayés de marques rouges à un mètre de hauteur : le niveau qu’atteindrait les eaux si le barrage naturel cédait.

A Qinglian, autre ville du périmètre menacé, les immeubles ont été condamnés, les entrées barrées par les rubans de plastique déroulés par la police. Depuis plus d’une semaine, une file de camions militaires d’un kilomètre de long, chargés de bateaux et de ponts portables, attend le long d’une route, selon l’AFP.

Dix ans. La population, traumatisée et épuisée par la forte chaleur qui règne ces derniers jours sur le Sichuan, s’installe dans une attente angoissante, régulièrement ponctuée de secousses. Les paysans, qui gardaient l’espoir de retourner dans leurs montagnes quelques jours après le séisme, prennent leur mal en patience dans des tentes de fortune. Le lac «post-séisme» de Tangjiashan est le plus important des trente retenues d’eau provoquées par le tremblement de terre d’amplitude 8 sur l’échelle de Richter. Dans toute la Chine, la mobilisation médiatique et populaire reste intense. Dons et volontaires continuent d’affluer vers le Sichuan. Selon certains experts, la province mettra dix ans à se relever de la plus grave catastrophe naturelle de son histoire.

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