Société 26 nov. 2007 7h00
La mini-moto, plaie des banlieues
Les deux adolescents qui ont perdu la vie ce week-end à Villiers-le-Bel circulaient sur une mini-moto. Ces engins sévèrement critiqués pour leur bruit et leur dangerosité sont pourtant toujours en libre circulation. Sur des circuits mais en dehors au
Stéphanie PLATAT
(La mini-moto percutée par une voiture de police à Villiers-le-Bel. (AFP))
Le 5 juin dernier, une fillette avait été grièvement blessée dans l’Essone par une moto petit format, le 23 juillet, le conducteur d’un de ces engins avait pris six mois de prison ferme au tribunal de Versailles pour avoir blessé une passante. Début août, de nombreux maires de villes, notamment situées en Seine-Saint-Denis, avaient demandé une «clarification et un renforcement de la réglementation sur les mini motos pour qu’elle soit suffisamment dissuasive».
Au printemps dernier, la Commission de la sécurité des consommateurs, la CSC, avait déjà émis des recommandations sur l’usage de la mini-moto. Elle avait demandé à ce que ces véhicules ne soient plus autorisés à emprunter la voie publique. «Nous n’avons pas vraiment été suivis», déplore Guy Le Goff, en charge du dossier.
Il existe en effet deux types d’engin, les réglementés et les autres. Ceux qui répondent à des critères de normalisation, dans le langage administratif on dit qu’ils ont été réceptionnés, peuvent aller sur la route, "ils sont très marginaux" explique Guy Le Goff, les autres doivent rouler sur des circuits, ou dans un environnement très encadré. A ces derniers modèles s’ajoutent les modèles, chinois bien souvent mais également espagnols, vendus illégalement sur le marché via des sites internet ou des entrepôts, et à très bas prix. Problème, certains de leurs propriétaires sortent des sentiers battus des circuits et se baladent sur la route.
«Les gens font n’importe quoi, détaille cet importateur de pocket, ce qui est en cause c’est l’utilisation sans discernement de l’engin, comme dans le cas de jeunes gosses des quartiers qui se paient une mini moto à 500 euros parce qu’ils n’ont pas les sous pour s’acheter autre chose et qui s’en servent comme d’un véhicule. Le revendeur n’y est pour rien, d’ailleurs nous mentionnons sur nos factures que nos engins ne doivent circuler que dans le domaine privé et pas sur la voie publique».
Cet importateur estime que la mini moto bidouillée, grande mode il y a cinq ans, est désormais dépassée. Il déclare d’ailleurs importer aujourd’hui à 95% des modèles homologués. La CSC avait demandé une suspension provisoire de la vente de mini moto, «car il ne s’agit pas d’un bonbon gélifié qui étouffe les enfants, nous avons là à faire à un mélange de faits, comportementaux et sociétaux, circonscrits notamment à la banlieue et à des ados turbulents. Avec notre suspension provisoire, nous voulions assécher le marché. Le temps de l’interdiction nous aurait permis de l’épurer» explique Guy Le Goff, sauf que sur cette question rien n’a bougé.
La CSC voulait aussi un avis défavorable sur l’utilisation par des enfants de ces machines, «elles sont pleines de non-conformités, nous avons donc déconseillé leur usage par des enfants hors des structures sportives adaptées». La sécurité n’était effectivement pas assurée à cause notamment de l’accessibilité direct à la chaîne, la dangerosité de la béquille, la vitesse, même limitée à 54km/h jugée trop élevée pour un gamin.
Or le fait qu’un enfant pouvait découvrir les plaisirs de la moto grâce à ces mini engins était un argument de vente solide pour les constructeurs et séduisant pour des parents bikers. «C’est un petit gadget, tempère l’importateur, on peut faire des acrobaties, des courses, les parents en ont vite voulu pour leurs enfants. Le prix a aidé cette nouvelle orientation du produit, mais c’était une mauvaise orientation. Dernièrement, des parents sont même venus dans la boutique pour acheter un quad pour leur enfant de 4 ans… »
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