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«J’ai transformé la petite ballerine en loque»
![]() Michel Fourniret, à son arrivée à la cour d'assises début avril. (Reuters)
Hier, des aveux antérieurs de Michel Fourniret ont été cités au sujet d’Elisabeth, 12 ans, tuée en 1989.
Envoyée spéciale à Charleville-Mézières PATRICIA TOURANCHEAU
QUOTIDIEN : mardi 15 avril 2008
Penché sur son pupitre, cheveux gris coiffés en arrière, Michel Fourniret, 66 ans, continue de noircir du papier bleu au fil du procès, tel un greffier de ses propres crimes, et sort parfois de son mutisme imposé à la cour d’assises des Ardennes. Hier, à la onzième audience, le président Gilles Latapie énumère ses six crimes contre Elisabeth Brichet, 12 ans, qui a disparu à Namur en Belgique le 20 décembre 1989 : «Enlèvement, séquestration, tentative de viol, homicide volontaire, viol et association de malfaiteurs.» Debout, mains appuyées sur son pupitre, Fourniret dit de façon sentencieuse : «Des faits que vous énumérez mon cher Président, je n’en reconnais que quatre. Mais absolument pas la tentative de viol et le viol.» Le président tente de le pousser. L’accusé répète son antienne : «Ma position n’a pas varié, j’attendrai que les conditions soient réunies dans le cadre d’un huis clos pour répondre à vos questions.» «Minotaure». Fourniret reprend son œuvre littéraire alors que Francis Brichet lit un texte dédié à sa fille : «Je l’ai cherchée en vain pendant quinze ans pour apprendre qu’elle était enterrée près d’un château. Par un minotaure, ce monstre mythologique qui se faisait offrir de jeunes vierges. Quand on apprend qu’une mère préparait les victimes pour le festin, cela devient abominable.» Une allusion à la «toilette intime» de la fillette prodiguée par Monique Olivier. Le père en appelle à Jacques Prévert et dessine le portrait de son enfant : «C’est son rire clair comme un chant d’oiseau que j’entends mais le chant s’arrête brusquement. Fourniret, vous avez ôté la vie à Elisabeth. Prévert finissait son poème en effaçant les barreaux de la cage de l’oiseau, moi je peindrais un à un les barreaux pour enfermer le minotaure.» A son tour, la mère, Marie-Noëlle Bouzet, s’adresse à sa fille blonde et rose comme un bonbon, dont la photo est projetée sur écran géant au-dessus de la cour : «Elisabeth encore un dernier effort ma puce, et on te laissera en paix.» Elle, qui a organisé en 1996 à Bruxelles la marche blanche pour les enfants disparus après la découverte des crimes du pédophile Marc Dutroux, stigmatise les magistrats : «Elisabeth, l’inconscience et l’incurie de la justice t’ont assassinée. Quinze années d’erreurs d’un système judiciaire qui n’a rien à faire des viols et des tortures [...].» Longue crinière argentée et sommité de la profession, Paul Lombard, avocat du père, s’adresse à Fourniret avec tact : «Ma question sera simple et n’a pas pour but de vous faire sortir du silence dans lequel vous êtes enfermé, mais pour les familles, pouvez-vous tracer un portrait d’Elisabeth.» Ebranlé, Fourniret se racle la gorge : «Maître, votre question me gêne.» Me Lombard : «Ce n’est pas le but mais pour contribuer à la manifestation de la vérité et mettre un peu d’humanité…» L’accusé, troublé : «Votre question m’embarrasse et me prend de court. Je vais quand même vous répondre. Sans problème, je pourrais dresser un portrait d’Elisabeth Brichet mais vous avez parlé de manifestation de la vérité, c’est pour ne pas faire les choses à moitié que je ne peux pas en public.» «Charité». Me Lombard rappelle donc les «souvenirs» de Michel Fourniret sur sa «petite victime» - couchés sur PV - quinze années plus tard : «C’était une jeune fille blonde, j’ai été frappé par sa distinction naturelle, et sa silhouette de danseuse classique avec ses cheveux relevés en un petit chignon. J’ai gardé en mémoire le souvenir d’une petite danseuse. Vous voyez, les chorégraphes, les ballerines, j’avais cette image d’une silhouette empreinte de grâce, ce n’est pas une vision naturelle.» Et Me Lombard de citer les aveux de Fourniret : «J’ai transformé la petite ballerine en loque humaine.» Alors, l’avocat quémande «un peu de charité» : «Aidez-nous. Vous ne croyez pas que ce serait une sortie autrement plus digne. Je voudrais de vous un geste, vous le devez aux familles. Sortez de cette gangue, ça ne sert à rien qu’à vous présenter de manière encore plus terrible. Vous qui avez eu tous les courages dans l’horrible, ayez ce courage.» Bouche cousue. |
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