![]() |
|
|
|
L’urgentiste Patrick Pelloux veut rendre sa blouse
![]() L’urgentiste Patrick Pelloux. (Photo AFP)
ÉRIC FAVEREAU
QUOTIDIEN : mercredi 16 juillet 2008
Qui ne connaît pas la bonne frimousse de Patrick Pelloux ? Médecin responsable des urgences de l’hôpital Saint-Antoine à Paris (XIIe arrondissement), président de l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf), l’homme est un cas. On l’aime et on le déteste. Photogénique mais insupportable, adorant les médias et leurs micros, souvent de mauvaise foi, alarmiste la plupart du temps. Mais Pelloux est aussi indispensable dans le paysage sanitaire, parfois bien terne des médecins hospitaliers. Il est rebelle aux pouvoirs, il tient une chronique dans Charlie Hebdo. Et surtout, c’est lui qui crie au loup. Parfois, le loup est là, comme lors de la canicule de l’été 2003. On s’en souvient, il faisait chaud (de plus en plus longtemps, même la nuit), les urgences débordaient, les morts commençaient à s’entasser. Et au ministère de la Santé, on avait pris ses quartiers d’été. Pelloux avait tiré la sonnette d’alarme si longtemps et si violemment qu’on avait fini par le croire. Curée. Aujourd’hui, après un nombre incalculable de coups de gueule, à 44 ans, il craque. Bêtement. Comme tout le monde : «J’en ai marre, j’en peux plus, je suis épuisé. D’avoir été traité et humilié comme un petit garçon, je ne l’ai pas supporté. Alors, oui, je suis en train de démissionner de mon poste de médecin hospitalier. Il y a une petite chance que je change d’avis, mais elle est infime.» La cause ? Jeudi dernier, Pelloux a été convoqué par le nouveau chef de pôle (1), le professeur Dominique Pateron, en présence d’une cadre de santé et du personnel soignant. Et là, aux dires de Pelloux, c’est la curée. Il a droit à un procès en règle : on lui reproche sa mauvaise humeur légendaire le matin, ses absences, le fait que l’année dernière il a injurié une infirmière. Et, dernier incident en date, la colère qu’il a piquée la semaine dernière quand un vigile des urgences a appelé la police pour se débarrasser d’un psychotique, un rien agité. «Envoyez chez les flics un malade, il y a de quoi s’énerver. Pour le reste, oui, j’ai mauvais caractère. Mais qui compte mes heures passées pour le syndicat ? Je continue à faire des gardes, je suis crevé, on est à bout, comme tout le monde. Et voilà que pour toute réponse, on veut ma peau.» Il se tait, puis redevient plus politique : «C’est toute la réorganisation en pôle qui pose problème. Pourquoi tous les chefs de pôle se prennent-ils pour des chefs d’entreprise, obsédés par les économies ? L’ambiance, y compris humaine, dans les services devient détestable. Je ne suis pas pour le statu quo, je n’ai rien contre la nouvelle gouvernance, mais je vois que l’on n’a pris que les mauvais côtés de cette réforme.» «Humilier». Sa démission, spectaculaire, n’est pas encore effective. Reste que dans le monde la santé, un départ de Pelloux ne serait pas anodin. Aussitôt annoncé, il a été reçu par le directeur de l’Assistance public de Paris. Et il a eu des appels de soutien des anciens ministres de la Santé Claude Evin et Xavier Bertrand. «On a besoin de toi, m’ont-ils assuré. Mais pour faire quoi ? Me faire humilier ? Je sais bien que d’avoir provoqué la démission de Jean-François Mattéi [ministre de la Santé, ndlr] à l’automne 2003, on ne me le pardonnera jamais en France.» Certes, les mauvais esprits disent que Pelloux n’attend plus qu’un appel de la ministre de la Santé pour revenir sur sa démission, il n’empêche que cette «crise de nerfs» est à l’image de l’ambiance dans bon nombre d’hôpitaux. Détestable. (1) La nouvelle gouvernance a créé le pôle qui regroupe plusieurs services hospitaliers. Désormais, c’est le chef de pôle qui a les moyens et le pouvoir de décision. |
|
||||||||||||||
| Accueil | Libé en pdf | Archives | Newsletter | Emploi | Annonces | Abonnements | Recherche libération : contacts | Publicité | Index © Libération | designed by BT France Licence | Données personnelles | Charte d'édition Un site de Libération Network |
||