Chroniques 29 nov. 6h51

Madame et monsieur Les gens

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Gérard Lefort

Jour de grève dans le métro parisien

Jour de grève dans le métro parisien ((Reuters))

Tiens, se dit-on, voilà une photo de Les gens. «Les gens» est une entité plurielle qui pourtant se conjugue aujourd’hui au singulier. A ce titre le Les gens est devenu une personne qui, comme n’importe qui, aurait des pensées, des envies, des idées et surtout des attentes. Le Les gens a plein de pseudonymes : le Les téléspectateurs, le Les lecteurs, le Les consommateurs. Mais credo fondamental qui justifie son existence, quelles que soient ses identités interchangeables, le Les gens - surtout quand, avatar maximum, il devient Le public -, Le public de Les gens a toujours raison. Et il est bien le seul. Ce qui explique qu’il soit chouchouté et visité par tant d’enquêtes d’opinions, où le but est tout de même de vendre le maximum de marchandises à un maximum de Les gens.

Au risque d’un furieux reproche de misanthropie, on peut se sentir appartenir (à un pays imaginaire, une association d’idées, un club de jokari) sans pour autant se reconnaître ni dans les sentiments ni dans la vie de notre ami Les gens. Un rapide sondage oculaire dans cette photo de Les gens illustre en effet que les gens, c’est tout et n’importe quoi. Autrefois, on disait monsieur et madame Tout-le-monde. Aujourd’hui, on dirait monsieur et madame Les gens. Or, sauf à supposer que ce matin-là, sur un quai de la gare du Nord à Paris, monsieur et madame Les gens débarquent à la capitale accompagnés de leur très nombreuse famille, il est plus raisonnable de supputer que l’on découvre ici une image ordinaire de banlieusards venant trimer dans le tertiaire. Cela dit, dans l’hypothèse «famille Les gens», on imagine que le micro-trottoir (en l’espèce micro-quai) serait plaisant : Alors dites-nous mademoiselle Les gens vous sentez-vous plutôt : Cousine ? Sœur ? Adoptée ? Casse-pieds ? Ne se prononce pas ?

Pour contrarier cette quasi-dictature de Les gens, pire que celle du prolétariat, il suffit de se pencher sur cette photo de groupe avec plein de pépites de gens dedans. Pour constater d’abord qu’elle est un peu floue et que personne n’y est complètement reconnaissable. Ce qui évitera tout risque de procès pour droit à l’image. Car, à supposer que quelqu’un s’y reconnaisse (oui monsieur, vous, là, qui vous rongez les ongles incognito), et que partant, ses proches l’identifient, il pourrait en découler quelques désagréments domestiques. Car ce matin-là, ce n’est pas du tout sur un quai de la gare du Nord que votre épouse vous imaginait mais bel et bien dans un séminaire sur le camembert à Isigny. D’où menace, au minimum, de scène de ménage.

Ce flou a un autre bénéfice, autrement plus important. On peut s’y dissiper soi-même, s’imaginer qu’on pourrait vivre autrement. En comptable à la société K., en élève Törless, en dame en noir avec un turban fuchsia, en «terroriste» SNCF, en feignant, en rien. Un rêve d’imperceptibilité.

Vos commentaires

13 commentaires affichés et 0 en attente de modération.

LaBonneReine
que de mots
Vous êtes sans doute rémunéré aux mots ?
Mardi 09 décembre à 09h48
emma
les gens des autres
N'oublions pas que nous sommes toujours le "gens" d'un autre!
Lundi 01 décembre à 07h12
jojo
meuh!
Cette photo me rappelle de plutot mauvais souvenirs,je plaint tous ces gens. Merci libe!Aujourd'hui je n'ai plus le mal du pays.
Lundi 01 décembre à 00h05
Fred (le nouveau James Bond)
C'est quoi ces gens là !
La question est : Mais pourquoi les gens s'entassent-ils dans le métro au lieu de prendre le taxi, par exemple ? C'est tellement plus agréable. Bons baisers de Russie.
Dimanche 30 novembre à 20h21
leniais
Comprend pas
le but de l'article ; si c'est pour nous dire qu'aujourd'hui on dit les gens pour parler en général, et qu'avant on disait monsieur tout-le-monde, d'abord c'est faux car on utilisait l'expression les gens pendant la guerre de 39-45, dans les années 50 et bien après, ensuite c'est de bien peu…
Dimanche 30 novembre à 20h15
bap
le soin du détail
Visiblement il s'agit de la ligne 8 qui ne passe pas à la gare du nord. Une nouvelle fois, ça donne une idée du soin porté à la rédaction des articles. Bof, ça remplit le site, c'est déjà ça.
Dimanche 30 novembre à 19h22

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