Cinéma 12 nov. 15h29

Avec "Stella": «J'ai voulu rendre à l'école ce qu'elle m'avait donné»

La réalisatrice Sylvie Verheyde, a répondu à vos questions à l'occasion de la sortie de son film "Stella".

1 réaction

(Photo de Jeannick Gavellines)

Malena. Votre film que vous présentez comme autobiographique réserve un traitement assez dur au personnage représentant votre mère, plus qu'à celui du père semble-t-il (peut-être le choix de Benjamin Biolay influence-t-elle cette lecture aussi ?) N'est-ce pas un risque d'exposer ainsi ses proches en se réclamant de la veine de l'autofiction très en vogue certes de nos jours ? Vos parents n'en ont-ils pas été affectés ?
Sylvie Verheyde. Je ne pense pas avoir été dure avec mes parents. Je pense surtout que ce sont des gens qui travaillent quinze heures par jour, et qui n'ont pas le temps de s'occuper d'une petite fille. Je les montre plutôt aimant dans le film, mes parents ont bien réagi.

Marylin. Comment vous ai venu l'envie d'écrire et de réaliser l'histoire de "Stella"?
Mon fils est un bon élève, il est rentré en sixième dans un bon collège parisien. Sa rentrée m'a ramenée à ma propre rentrée. Surtout, j'ai été confrontée à des réunions de parents d'élèves, et  à ce qui avait changé à l'école. J'ai voulu montrer le parcours d'un cancre qui, grâce à l'école, peut quand même accéder à la culture. Et j'ai voulu rendre à l'école ce qu'elle m'avait donnée.

Apolline. Est-ce la seule chose qui vous a inspirée?
 C'est le point de départ de l'histoire, après j'ai construit un récit autour de mes souvenirs, et en même temps j'ai essayé d'aller vers l'universel.

Camomille. Jusqu'à quel point votre film est autobiographique?
 Les faits sont autobiographiques. Je suis rentrée en sixième dans un lycée très bourgeois avec un ballon de foot et l'écharpe du RC Lens. Après, la manière de les raconter et de les filmer, ça devient de la fiction.

Sucrerie. Avez-vous de la tendresse pour les marginaux? avez-vous gardé une part de marginalité?
 Comme Stella j'ai été élevé au milieu de marginaux, et j'ai une certaine tendresse pour eux, ce qui peut transparaître dans le film. J'ai essayé dans le film d'en montrer les côtés positifs, le côté fraternel, chaleureux, et en même temps les dangers. J'ai gardé une part de marginalité, je suis un peu artiste...

Calipso. Vos personnages sont filmés au plus près, pourquoi ce choix, qu'avez-vous voulu montrer?
 C'est surtout vrai dans le café, qui est un milieu clos, où il n'y a pas vraiment d'avenir, un monde hors de la société, un peu comme un aquarium. En revanche, le lycée est filmé différemment, il y a beaucoup plus de plans larges, un peu plus d'ouverture, même si c'est un milieu structuré par des règles.

Déborah. Les personnages de profs sont très bien vus, en particulier le mépris envers cette élève "pas comme les autres", selon vous, tout est joué d'avance?
 Tout n'est pas joué d'avance. Ce qui est certain, c'est que quand on vient d'un milieu défavorisé on part avec un certain handicap. Mais aussi avec des ressources. Ce qui se joue, c'est de prendre conscience de l'importance de l'école, prendre conscience que la culture est le seul véritable accès au monde.

Lolo. Léora Barbara, qui joue le rôle de la petite fille est tellement bouleversante, comment l'avez-vous choisi, comment avez-vous travaillé avec elle?
 J'ai fait un casting, et je pensais que j'allais mettre beaucoup de temps à la trouver. En fait, je l'ai rencontré le premier jour du casting. J'ai su tout de suite que c'était elle. elle était assez différente des autres enfants. Il a ensuite fallu convaincre mon producteur, et sa maman qui ne voulait pas. Nous avons beaucoup travaillé toutes les deux en répétition, avant le tournage, ensuite je l'ai laissé très libre sur le tournage.

Fée clochette. Quel souvenir gardez-vous de Guillaume Depardieu qui jouait dans votre film?
 J'avais choisi Guillaume pour jouer le rôle du Prince charmant, c'est celui dont la petite est un peu amoureuse. Il l'a vraiment été pour Léora et pour moi sur le tournage, très présent, très investi. Surtout je l'avais choisi parce qu'il pouvait jouer avec cette petite fille, elle ne ment pas, lui non plus.

Toupamaros. Dans votre film la seule petite fille qui se lie d'amitié avec Stella vient d'une famille d'intellectuels juifs argentins qui ont sans doute fuit la dictature, juste un heureux hasard?
 Ça pour le coup, c'est bien réel. Surtout cela s'explique par le fait que Stella est différente des autres à l'école, Gladys aussi est différente pour d'autres raisons. Comme elle, elle ne se couche pas à huit heures, comme elle, elle est un peu décalée.

Rémi. La vie de Stella va être bouleversée par son entrée en sixième dans un grand lycée parisien, ce bouleversement serait-il transposable en 2008?
 Oui, tout à fait. En espérant que le mythe de la mixité est toujours possible. En tout les cas, je souhaite que la mixité sociale soit possible.

Lolo. Avez-vous vu "Entre les murs" de Laurent Cantet, qu'en avez-vous pensé?
 Je n'ai pas vu "Entre les murs", mais Michel Field, qui m'a interviewée en le comparant mon film, à celui de Laurent Cantet a dit que "Stella" c'était "hors les murs".

Déborah. Vous sentez-vous un pur produit de l'Ecole de la République?
 Dans un sens, oui. Et j'ai pu faire du cinéma grâce au CNC, (Centre national de cinéma), l'Etat m'a financé. Je n'ai pas fait d'école de cinéma.

Nicolas. Est-ce que ma fille de 8 ans peut aller voir votre film?
 Oui, j'ai rencontré des petites filles de 10-11 ans qui l'avaient beaucoup aimé, mais ce n'est pas un film pour enfant.

Dérogation. Comment se fait-il que votre personnage se retrouve scolarisé au lycée La Fontaine, était-ce un choix?
Dans la réalité, j'ai été scolarisé à Rodin, dans le 13ème, j'habitais une zone où il y avait pas de collège autour, donc j'ai été envoyé dans un bon lycée, assez loin de chez moi.

Teddy Bear. Pourquoi avoir choisi un acteur novice, Benjamin Biolay, pour jouer le rôle du père?
 En fait, j'avais déjà fait tourné Benjamin, dans Sang Froid un téléfilm pour Arte, avec Laura Smet. Il avait le rôle principal, il était très convaincant. J'ai pensé à lui pour le rôle du père, parce que je voulais que le couple de parents soit charismatique et séduisant.

Lubin. Vos précédents films exposent un milieu social que l'on voit peu finalement au cinéma surtout chez les cinéastes de votre génération (je vous situe dans la tranche 35-45 ans.) Vous sentez-vous des affinités avec la démarche d'autres cinéastes actuels ?
 La génération précédente, c'était Pialat, et aujourd'hui  Abdel Kechiche, La graine et le mulet, mais aussi Pascale Ferran, dont j'ai beaucoup aimé le Lady Chatterley.

Vos commentaires

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Raph
Orthographe !
"J'avais déjà fait tourné Benjamin" : faire INFINITIF, donc : "tourner". Ecririez-vous : "je l'ai fait parti" ?
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