Culture 27 nov. 6h51

A ne pas lire

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Edouard Launet

Les 23 et 24 septembre 2009, l’université de Gdansk accueillera le premier colloque international consacré aux «livres que l’on n’a pas lus». On aura deviné qu’il s’agit de prolonger dans le champ de la théorie littéraire le travail entamé par Pierre Bayard en 2007 dans son fameux Comment parler des livres que l’on n’a pas lus (Minuit).

Cette stimulante aventure intellectuelle a été initiée par l’équipe Recherches en théorie appliquée de l’université polonaise, laquelle vient de lancer un appel à contributions ouvert à tous. Date limite de remise des copies : le 15 janvier. Dans le cadre de ses missions de service, cette chronique se propose de vous aider à rédiger un projet de communication, car il y a là de quoi occuper agréablement vos congés de fin d’année.

Pierre Bayard a posé deux principes qu’il est impératif de ne pas perdre de vue. Un : «Il est parfois souhaitable, pour parler avec justesse d’un livre, de ne pas l’avoir lu en entier, voire de ne pas l’avoir ouvert du tout.» Deux : «Il est tout à fait possible de tenir une conversation passionnante à propos d’un livre que l’on n’a pas lu, y compris, et peut-être surtout, avec quelqu’un qui ne l’a pas lu non plus.» Cette paire d’axiomes apparaît redondante par endroits, aussi serait-il logique de commencer par s’attaquer à ces regrettables périssologies. Votre proposition aura donc pour titre : «Esquisse d’une réduction de la base axiomatique relative à la théorie du livre non lu.»

Avant de formaliser précisément cette réduction, il sera nécessaire de donner quelques exemples, choisis de manière à montrer d’un coup d’un seul que, moins on ouvre un livre, plus on a de raisons de ne pas la fermer, et que cela vaut tout autant pour son ou ses interlocuteurs (cette dernière affirmation pouvant d’ailleurs faire fonction de début de formalisation). Meilleur exemple, l’assertion courante : «Proust, c’est quand même très chiant», qui appelle idéalement une réponse du type : «Je dirais même que c’est ultrachiant.» Alors peut commencer une vraie conversation sur la Recherche et sa préfiguration dans le Contre Sainte-Beuve, où l’on veillera à glisser quelques considérations dédaigneuses sur les milieux que fréquentait Proust.

Pour aboutir à une formalisation réellement efficace, on ne pourra pas différer longtemps une réflexion sur la partie la plus épineuse du sujet, à savoir : comment établir une séparation nette entre lire et ne pas lire, alors que de nombreuses formes de rencontre avec les textes se situent en réalité dans un entre-deux. Il y a sans doute ici un parallèle intéressant à tirer avec la mécanique quantique. A vous de voir.

La proposition de communication est à adresser à Olga Wronska (olga.wronska@univ.gda.pl). Pour mettre toutes les chances de votre côté, tenez compte du fait qu’Olga, que j’ai eu la chance d’approcher (l’an dernier à Amsterdam) de suffisamment près pour apprendre qu’elle était aussi monitrice de planche à voile, a fait sa thèse de doctorat sur les rapports qu’entretiennent la littérature française et la psychanalyse.

Vos commentaires

1 commentaire affiché et 0 en attente de modération.

Oh... pardon !
rrrRRRRRrrrrrrronrrrRRRRRrrrrrrronrrRRRRRrrrrron...umpfumpf !
hein ?.. quoi ?.. qu'est-ce que c'est ?.. ...Z'avez pas honte de réveiller un honnête homme à une heure pareille ? Comment ça en plein après midi ? Interdisez moi de dormir pendant que vous y êtes !
Samedi 29 novembre à 16h16

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