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Quand une forte tête réécrit la légende...
![]() 110e minute de jeu, dimanche soir à Berlin. REUTERS
L'ultime et stupide expulsion de Zidane en finale de Coupe du monde ternit la carrière et l'image du plus grand joueur de foot français.
Par Cédric MATHIOT
QUOTIDIEN : Mardi 11 juillet 2006 - 06:00
ZZcomme zigzag. Jusqu'au bout, Zidane, inventeur de passements
de jambes déconcertants, a montré son art du contre-pied. Voilà
donc l'histoire du type qui a décidé, devant 3 milliards de
téléspectateurs dont 22 millions de Français, de mettre un
magistral coup de pompe (et surtout de tête) dans le piédestal que
le monde du football lui préparait. Même si Jacques Chirac, hier, a
dressé des louanges à Zidane
(«Ce que je veux vous dire au moment le plus intense, le plus
dur peut-être de votre carrière, c'est l'admiration et l'affection
de la nation tout entière, son respect aussi»), le numéro 10
Français a terminé sa carrière et son mondial piteusement, en se
faisant sortir sur un coup de tête.
«La honte», assène, unanime, la presse mondiale (quitte à
oublier les champions du monde italiens) avec un dépit de mari
trompé, que résume l'écrivain Luis Fernando Verissimo dans le
quotidien brésilien
Estado de São Paulo :
«La Coupe du monde allait consacrer une légende que cette
légende s'est chargée elle-même de détruire.»
On avait rarement vu (lu), avant la finale, un tel consensus
pour encenser un joueur. Zidane, c'était l'antidote d'une Coupe du
monde peu emballant, sans héros ni passion. La presse étrangère
avait fait du numéro 10 bleu le seul porteur de magie, le
supplément d'âme de la compétition, autour d'un scénario
eastwoodien ficelé comme un gigot : le vieux héros fatigué en qui
personne ne croit plus mais qui rassemble ses forces pour un
dernier tour de piste.
Miracle. Rappel : il y a un mois, il n'est plus qu'un
préretraité (34 ans) à la tête d'une équipe sur laquelle personne
ne parie. Il y a quinze jours, après la qualification française
poussive arrachée contre le Togo sans Zidane suspendu , les
journaux se demandent si son temps n'est pas fini. L'équipe de
France ne joue-t-elle pas mieux sans lui ? Et puis, contre
l'Espagne, le miracle se produit : ZZ se lève, marche, se met même
à courir (3-1). Contre le Brésil, en quart, il vole (1-0),
réalisant l'un des plus beaux matchs de sa carrière en bleu. Contre
le Portugal en demi-finale, Zidane transforme sans ciller le
penalty de la victoire (1-0). Le
New York Times l'intronise
«l'homme le plus cool du monde». Zidane, devant les caméras
de Canal +, s'enivre de défier les lois du temps et les pronostics
des détracteurs de l'équipe :
«On partage notre plaisir avec ceux qui nous soutiennent, enfin
ceux qui nous soutiennent depuis le début, pas tous ceux qui nous
ont rejoints en cours de route», martèle-t-il. Ce Zidane-là,
c'est aussi Z comme vengeance.
«Il est malade !» Le début de la finale contre
l'Italie précise encore les contours de la légende. A la 7e minute,
il se présente devant Buffon pour tirer un penalty, et réussit une
Panenka, un geste risqué, fou et rare : un ballon caressé, soulevé
plutôt que frappé, qui s'élève mollement pour heurter la barre et
retomber derrière la ligne de but. Sur les lèvres de Fabien
Barthez, incrédule, on croit lire à ce moment-là :
«Il est malade !» Malade d'avoir tenté ça. Ce penalty aurait
pu rester comme le fait du match : le jeu malgré l'enjeu, le
contrôle absolu du geste technique, l'
ubris, enfin, le sentiment de puissance de celui à qui rien
ne peut arriver. A ce moment-là du match, Zidane (trois buts en
deux finales de Coupe du monde) cavale aux côtés des plus grands,
Pelé, Maradona. Il cavale tellement qu'après une nouvelle action de
classe (une tête en extension sauvée par Buffon) il se prend les
pieds dans le tapis rouge de sa gloire. A la 110e minute, Materazzi
lui cherche des poux. Zidane tend une main (refusée), passe son
chemin, fait demi-tour et décoche un puissant coup de boule dans la
poitrine du défenseur italien.
Que lui a dit Materazzi ? Il y a eu hier une débauche de moyens
techniques pour percer le mystère (lire page 4). Pourtant, Zidane
est rodé, comme tout footballeur depuis qu'il est poussin, aux
insultes les plus crasses. Le coup de tête n'est pas non plus
descendu du ciel. Zidane n'a pas le profil avenant et rond que ses
sponsors, vendeurs de yaourts ou de téléphones portables, nous
serinent. Il a raté le ballon d'or en 2000 pour un coup assez
similaire contre un joueur allemand en Ligue des champions avec la
Juventus. Zidane a piétiné un Saoudien lors du Mondial 1998... et
s'est débrouillé pour prendre un carton rouge à la dernière minute
d'un match de championnat espagnol où des dizaines de caméras le
filmaient lui, tout spécialement pendant 90 minutes (1).
Malentendu. Dimanche soir, il a été tel qu'en
lui-même, et enterré la panthéonisation vers laquelle il filait
tout droit. Zidane part quand même avec le titre de meilleur joueur
du Mondial, qu'il a reçu hier matin. Un trophée amusant comme un
malentendu : le vote ayant eu lieu avant la finale. La Fifa, qui
tient à peupler l'imaginaire des supporteurs de héros exemplaires,
s'était persuadée qu'aucun scénario (même une défaite de la France)
ne viendrait enlever de la grandeur au Mondial de Zidane. C'était
oublier qu'on peut être génial, et parfois sanguin. Libération ne peut être tenu responsable du contenu de ces liens. |
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Le dossier
L'officiel, un pacs Yahoo-Fifa
Des stats, du live, des photos et les meilleures séquences en vidéos.
So Foot
Le site de nos confrères de So Foot avec lesquels Libé s'est pacsé pour la durée du Mondial.
Les Cahiers du football
Pour ceux que le foot fait rire.
Le blog du Guardian
Presqu'aussi bien que le blog Libé ;-). Grâce au talents des Libénautes, of course!
L'Equipe
LE quotidien sportif.
Marca
Les Espagnols sont sortis mais c'est une des références du foot européen.
La Gazetta del Sport
Idem que le précédent, mais en Italie cette fois.
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