Livres 20 nov. 6h51

Insurrection

3 réactions

Edouard Launet

Le soleil de novembre se couche sur un paysage dévasté, jonché de coupettes de champagne brisées, de fers à béton tordus et d’illusions perdues. La saison des prix littéraires s’est achevée dans une sinistre apathie, l’écriture ne parvient plus à ouvrir grand les fenêtres, ce qu’il restait du PS s’est dissous à Reims, Arlette et Olivier sont chez Drucker, une Grande Dépression est annoncée : il n’est pas doux d’avoir 20 ans aujourd’hui en France, ce champ de ruines qui s’étend de Saint-Germain-des-Prés (Paris) jusqu’à Tarnac (Corrèze).

Au milieu de cet effondrement, seules deux maisons se tiennent droites : l’éditeur afghan P.O.L (le Goncourt de Rahimi) et, plus inattendu encore, les Editions de la Fabrique, dont les livres printaniers se vendent fort bien en cet automne tragique. Voyez les titres : Maintenant, il faut des armes (Auguste Blanqui), Prologue d’une révolution (Louis Ménard), Chronique de la guerre civile (Eric Hazan), Pour le bonheur et pour la liberté (Robespierre) et le désormais fameux l’Insurrection qui vient signé du non moins fameux «Comité invisible». Voilà au moins quelques auteurs qui s’intéressent à l’avenir.

Michèle Alliot-Marie a fait du «Comité invisible» le maître à penser de l’«ultragauche», et cette promotion vaut mieux qu’un Goncourt. Avant même que les TGV ne connussent des problèmes récurrents et que l’attention se portât à tort ou à raison vers les néoruraux de Tarnac, l’Insurrection qui vient se vendait déjà plutôt bien : plus de 10 000 exemplaires, alors que le texte est disponible gratuitement sur Internet. Ces plaisantins d’Amazon.fr, chez qui l’ouvrage ne quitte plus la liste des meilleures ventes, l’ont classé dans la rubrique «Chimie». On n’y trouve pourtant pas la moindre recette de bombinette. (Il est possible qu’un ordinateur du libraire électronique, par une de ces fantaisies dont les circuits intégrés ont le secret, ait vu derrière la signature du «Comité invisible» l’ombre d’un expert de l’oxydation du sulfate de manganèse).

Non, il ne s’agit pas de chimie mais de «renverser les évidences de l’époque», saine entreprise qui bouscule jusqu’à nos bibliothèques. Car le Comité des acolytes anonymes n’hésite pas à écrire : «La littérature est en France l’espace que l’on a souverainement accordé au divertissement des castrés. Elle est la liberté formelle que l’on a concédée à ceux qui ne se font pas au néant de leur liberté réelle.» N’est-ce pas un point de vue singulier ?

En 1868, Auguste Blanqui s’énervait : «Des milliers de jeunes gens instruits, ouvriers et bourgeois, frémissent sous un joug abhorré. Pour le briser, songent-ils à prendre l’épée ? Non ! La plume, toujours la plume, rien que la plume. Pourquoi donc pas l’une et l’autre, comme c’est le devoir d’un républicain ?» Sarko a remplacé Napoléon III, et l’éditeur du «Comité invisible», Eric Hazan, persiste à penser que «ce n’est pas avec des livres que l’on vient à bout d’un système si fermement soutenu par la publicité et la police, entre autres médias».

Pour nous procurer des épées, attaquons l’Académie française !

Vos commentaires

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megaprosper
...
Ce livre est excellent et vous avez tort de le prendre à la légère. Cela aurait mérité une critique plus approfondie, un choix de citation plus exigent. Je ne parle pas de la pirouette finale qui est vraiment minable. La plupart du temps, je m'insurge contre les commentaires dégradants pour…
Dimanche 30 novembre à 19h56
Egide
Trop féminin la littérature ?
Il est difficile de trouver un texte plus violent contre le langage même. Un réquisitoire plus absolu et sauvage contre l'altérité. Encombrés par la disponibilité de leur corps, ils se sentent abandonnés. Ils se sont réveillés furieusement sur un radeau médusés. Ils voudraient tant…
Vendredi 28 novembre à 15h49
Scalpel
insurrection : demandez le programme !
Le silence des libénautes sur ce magnifique papier me laisse coi !
Mercredi 26 novembre à 23h13

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