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«L’homme africain...»
Retour sur le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet dernier.
Thomas Heams, maître de conférences en génétique à Paris.
QUOTIDIEN : jeudi 2 août 2007
Ainsi donc, le déterminisme de la pédophilie était un signe avant-coureur, une mise en jambe de campagne avant les choses sérieuses. Dans une allocution sidérante prononcée à Dakar, Nicolas Sarkozy qui ose tout, et c’est à cela qu’on le reconnaît, a dévoilé le fond d’une pensée qui, si les mots ont un sens, est la parole officielle française la plus raciste depuis longtemps. Chimiquement pure.
Ainsi donc, « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» Nous y voilà. La chaleur, le rythme des saisons.
Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n’est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l’ancienne, à la Jules Ferry. Car à quoi servent ces considérations d’arrière-zinc ? A parler de la colonisation bien évidemment. Oh, certes, cruelle ! Mais que l’on se rassure, si terrible qu’elle soit, la colonisation a «ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’Histoire». On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Ces mots ont été prononcés par notre plus haut représentant. En notre nom. Mais depuis combien de temps ne parle-t-on plus comme cela ?
Doit-on rappeler au président de la République ces propres mots, prononcés quelques jours plus tôt au Mémorial de la Shoah, ces mots justes et pertinents, s’inscrivant dans la lignée de ceux de Jacques Chirac : ne jamais oublier, assumer sa part de responsabilité. Pourquoi à Paris ces mots forts qui insistent sur la permanence de la mémoire, et en Afrique ces mots veules qui font de la mémoire des crimes de la colonisation une réalité que l’on concède du bout des lèvres, pour aussitôt appeler à ne pas s’y complaire. Est-ce trop demander, au XXIe siècle, que d’attendre d’un président un minimum de cohérence ?
Ces mots dessinent-ils le portrait d’un raciste fanatique ? Non bien sûr. Notre Président ne se lève pas le matin en maudissant les Africains. Mais cela ne suffit pas à l’absoudre, tout comme il ne suffit pas d’emmener Basile Boli pour faire passer la pilule. Et être capable de prononcer un discours sur l’homme Africain, et de toutes ses supposées tares de même que l’on incline à penser que l’on naît pédophile, c’est incontestablement s’inscrire dans une anthropologie raciste, une vision rancie et fermée du monde, où l’Europe civilisatrice et l’Afrique éternelle se regardent en chiens de faïence. Cruelle déception pour tous ceux qui, indépendamment du reste, pouvaient espérer de la France qu’elle passe un cap. Solidement ancrée sur sa vigilance face aux aventures impériales états-uniennes, elle avait en revanche donné trop souvent l’impression d’être frileuse sur les droits de l’homme, officiellement au nom du très chiraquien «respect de la différence» pour les régimes en place. Nicolas Sarkozy, dans son discours au soir de son élection, s’étant présenté comme le président des droits de l’homme (du moins à l’étranger) on pouvait espérer de sa part une audace, puisée aux sources du libéralisme politique, qui aurait permis de rompre avec le paternalisme gaulliste, sans renouer pour autant avec l’impérialisme. On assiste avec stupeur à une régression inattendue qui ne manquera pas de nous isoler encore plus aux yeux de nos partenaires africains. Cette parodie de discours prétendument direct, qui s’autorise toutes les outrances sur la base de sa sincérité autoproclamée, est une marque d’infamie. Reste une question. Dans un pays normal, ces propos devraient mettre le feu au débat. Mais en ces temps où il est de bon ton d’être décomplexé, tout devient possible, comme dirait l’autre. Mais, citoyens, commentateurs, représentants, qu’auriez-vous dit si ces mots, ces catégorisations pitoyables et scandaleuses, étaient sortis de la bouche d’un Le Pen ? A quels feux croisés aurions-nous assisté ! Mais non, l’indignation de la presse sénégalaise semble n’avoir eu d’égal que le silence incroyable de tout ce que nous pouvons compter d’intellectuels, de ligues de droits de l’homme.
JeanCa continue
Ceux qui ont voté sarkozy l'ont aussi fait pour ses discours : la police, l'armée, la tradition, le drapeau, la france éternelle,, la lutte contre l'insécurité, l'immigration, la délinquance etc... Mercredi 10 Octobre 2007 - 09:14
B.Travenimpérialisme
Ta réaction est saine et louable Thomas, mais autorise-moi à corriger le tir. Impérialiste eût été plus juste. Ce qui est idiot, contestable et fermement condamnable dans ce discours ce n'est pa... Vendredi 03 Août 2007 - 14:42
J ConradBonjour Zeubylk
Plaisir de vous lire. Il me semble qu'il y a eu plusieurs progres, dans plusieurs directions, et que la course a la "meilleure revolution" (entre l'Americaine et la Francaise) est aujourd'hui gagnee ... Vendredi 03 Août 2007 - 10:59
BruxelloisLe paysan aidé c'est mieux peut être ..
Le paysan africain serait un idiot qui suit les saisons. Hmmm. Il doit aspirer à être comme le "pôvre" producteur français de pêche et nectarine qui dés le moindre changement climatique va pleur... Vendredi 03 Août 2007 - 00:36
Michel RenardBalandier et Braudel
On peut critiquer la vision globalisante de l'Afrique énoncée par Nicolas Sarkozy, sa reprise de la vision du philosophe Hegel (1822) pour qui l'Afrique est un "monde anhistorique non développé, e... Vendredi 03 Août 2007 - 00:03
chrisjuste mais trop faible
Entierement d'accord avec le ton general de cette tribune, mais comme je regrette sa superficialite et sa subjectivite! le parti pris anti-sarko est tellement appuyé qu'il affaiblit la portée de cet... Jeudi 02 Août 2007 - 23:44
ZeubylkA JConrad
La discussion est interessante. L'idée que la globalisation puisse jouer dans les pays sous-développés le meme role qu'a joué la renaissance et l'industrialisation en Europe est sans doute vraie. ... Jeudi 02 Août 2007 - 23:29
J Conradmerci Zeubylk
enfin un post qui 'reflechit" Je suis d'accord avec vous. Mais je dirais tout simplement, au lieu de fige, religieux etc (et encore! ca depend ou en Afrique) je dirais "conservateur". En Afrique de... Jeudi 02 Août 2007 - 20:52
Guy-Claudegca@easy.com
Evidemment qu'il ne faut exempter personne de ses responsabilités, en Afrique comme en Europe, dans le présent comme dans le passé. Mais de là à faire de l'Afrique une sorte d'Angelus de Millet o... Jeudi 02 Août 2007 - 20:40
Courageux anonyMerci pour cet article
Je vous remercie pour cet article. J'ai moi aussi trouver ce discours honteux et tellement vieillot. On croirait une prose du XIX° siècle. J'attire votre attention sur le début du discours : "Je ve... Jeudi 02 Août 2007 - 20:13
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