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Du cœur au ventre
Laure et Michel Camborieux. Depuis 2001, ils militent en faveur de la légalisation du recours à une mère porteuse pour les couples infertiles. Eux ont trouvé celle de leurs jumeaux aux Etats-Unis.
charlotte rotman Photo Philippe Guionie
QUOTIDIEN : jeudi 17 juillet 2008

E

nfin, elle dit je. Elle n’a pas l’habitude. Elle a été auditionnée partout. Dans les cabinets ministériels, à l’Elysée, au Sénat, à l’Assemblée, au Comité d’éthique, à l’Académie de médecine. Depuis 2001, tous ceux qui s’intéressent ou travaillent sur la procréation médicalement assistée l’ont rencontrée. Sans forcément connaître son passé. Laure Camborieux, présidente de l’association Maia, parle au nom des couples infertiles engagés dans des dons d’ovules ou de sperme, dans l’adoption ou le recours à une mère porteuse. Elle ne plaide pas avec des arguments personnels, ne polémique jamais à titre individuel. Aujourd’hui, elle accepte de raconter son parcours.

Michel, son mari, et elle ont fait appel à une gestatrice américaine pour avoir leurs jumeaux, aujourd’hui âgés de 4 ans et demi. Une pratique autorisée là-bas et proscrite ici par les lois de bioéthique (qui doivent être révisées l’an prochain). Elle ouvre sa maison, à Toulouse, envahie de jouets et de dessins d’écoliers. Les traits délicats, le visage encadré de boucles, Laure parle avec douceur, même quand on la sent en colère. Elle n’a «pas envie de [se] mettre en avant». Elle a mis plus d’un an avant d’accepter ce portrait. Elle souhaite partager avec les bénévoles de Maia la «réussite» de l’association, passée de 3 adhérents à 1 700, avec un réseau national, un statut d’interlocuteur incontournable et 875 000 visites du site web.

«Au début, quand je parlais de légaliser la gestation pour autrui, on me disait : "Tu es folle, il ne faut pas en parler, tu vas aller en taule."» Les journaux titraient sur ces «ventres à louer» et la justice française poursuivait avec acharnement un autre couple de Français qui s’était rendu en Californie pour avoir des jumelles grâce à une gestatrice. Le climat général a changé. De respectables sénateurs UMP et PS viennent de proposer d’autoriser, dans certains cas d’infertilité médicale, le recours à une mère porteuse, à condition que celle-ci ne donne pas ses gamètes. La secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano, clame qu’elle le ferait pour sa fille et parle d’«un acte d’amour». Et les époux Mennesson, poursuivis par la justice, les seuls jusqu’à présent à se montrer à visage découvert, se sont vus déclarés officiellement «parents» par la cour d’appel de Paris. Alors, Laure et Michel Camborieux veulent bien se dévoiler. D’autant qu’ils ne supportent plus, après tout ce chemin, d’entendre encore parler de «parents irresponsables» et d’«enfants malheureux».

Laure a accouché d’un garçon en 2000. «C’est atypique par rapport aux couples qui passent par de longues années en fécondation in vitro (FIV).» L’accouchement se passe mal : placenta mal placé, hémorragie. Quand elle se réveille, le médecin lui annonce : «J’ai dû enlever l’utérus.» Il ajoute aussitôt : «Mais il reste les ovaires.» Michel a vu sa femme «s’enfoncer dans son lit d’hôpital» et s’effondrer. Dès le lendemain, Laure pense à la gestation pour autrui. «C’était un tel choc, il fallait imaginer quelque chose.» Prof de biologie, elle sait que ça existe. Michel, qui travaille dans le crédit aux entreprises, a eu «tellement peur de la perdre» qu’il n’imagine pas tout de suite un autre enfant. Aujourd’hui, le fait d’avoir enfanté nourrit son raisonnement de militante. «Je sais ce qu’est une grossesse», répond-elle aux détracteurs de la gestation pour autrui. Pour eux, dont le Pr René Frydman, pionnier des bébés-éprouvette, «la complexité et la richesse des échanges» entre une femme enceinte et le fœtus justifient qu’on interdise à une femme d’abriter l’enfant d’une autre. A sa manière, Laure dit la même chose que la philosophe Elisabeth Badinter, pour qui «l’instinct maternel n’existe pas» : il ne lui a pas suffi d’être enceinte de son fils pour éprouver un amour immédiat. A la maternité où elle effectue actuellement un stage en psychologie, elle voit toutes les semaines des femmes à la peine : «Elles ne savent pas comment tenir leur bébé, elles ne le regardent pas, on se demande comment va se créer le lien.» Laure les aide à devenir mère.

Pendant des années, elle s’est sentie «amputée». «L’histoire était en suspens.» Michel est d’une fratrie de six enfants dont le père était maçon. Laure a un frère qui vit en face de chez elle, dans l’une des maisons construites par le grand-père, immigré italien. Elle avait toujours voulu trois enfants. Pendant longtemps, Laure ne supportait pas la vue d’un ventre rond. N’approchait pas des nourrissons. Tout ce temps, elle était hantée par ses bébés manquants : «Je les ai portés pendant quatre ans. C’était mes petits fantômes.» Son mari la suit : «Au début, je n’avais aucune idée des implications juridiques, médicales, sociétales. Mais c’étaient nos cellules. La projection était là.»

En 2001, le couple se rend à la consultation d’un centre de procréation médicalement assisté (PMA) et expose son projet. Le médecin leur sert une leçon de morale, évoque le «trafic d’enfants» et «l’exploitation des femmes». Laure crée l’association Maia dans la foulée. Pas du genre à renoncer. «Je suis têtue, j’épuise tout le monde», dit-elle avec une once de fierté.

Pour porter leur enfant, ils ne voulaient pas d’une «femme clandestine». «Je souhaitais qu’elle puisse parler de son histoire autour d’elle et qu’elle puisse répondre à mes enfants, s’ils en éprouvent le besoin.» Grâce à un forum, elle entre en contact avec une candidate canadienne. «Mais elle a commencé à me parler des réparations dans sa maison. La question de l’argent n’était pas claire. J’ai laissé tomber.» Puis Laure en trouve une autre, résidant au Texas, elle-même mère de deux enfants et qui souhaite maintenir le lien avec les parents demandeurs. Les voilà connectées. «Elle est venue me chercher à l’aéroport, c’était comme si on se connaissait depuis toujours.» Jackie, très chrétienne, avait demandé l’autorisation de sa congrégation. Cela ne dérange pas Laure, «agnostique» mais pas bouffe-curés. Chez Jackie et son mari, militaire, Laure et Michel constatent qu’ils ont le même niveau de vie. Ils se lient par contrat. Tout est encadré. Avant la naissance des jumeaux, un certificat est homologué par un juge. Laure et Michel versent à Jackie une compensation tous les mois : «C’est une autre façon de nous mettre à égalité avec elle, le moyen le plus simple de n’être pas redevable, car sinon, la dette est trop énorme», explique Laure. En tout, avec les frais médicaux, les voyages, ils ont payé 12 000 dollars (10 000 euros de l’époque). Pendant la grossesse de Jackie, Laure prend elle aussi des kilos. A l’hôpital de Wichita Falls, tout le monde félicite le couple de Français : «C’était nous, les parents.»

Sur le livret de famille des Camborieux, on ne trouve que Lucas, le premier. Les jumeaux n’ont pas d’état civil. Pour les papiers ou l’école, ils se débrouillent avec les actes de naissance américains. «Juridiquement, en France, mes enfants n’ont pas de mère.» Quand ils sont rentrés d’Amérique, leurs voisins ont vu les bodies sécher dans le jardin, ils sont venus rendre visite aux petits. «C’étaient les stars du quartier», s’amuse leur père. Lou et Antoine savent que leur mère avait «le ventre cassé». Ils connaissent l’existence de Jackie, dont un album photo traîne dans le salon. Toute la famille espère lui rendre visite pour Halloween.«Les gosses grandissent normalement, ils sont heureux. C’est une histoire comme une autre mais avec des chemins détournés»

Mayades doutes
Ce portrait ne m'enlève pas les doutes sur la gestation par autrui... Jusqu'où aller dans le désir d'un enfant, qui plus est un enfant de sa "chair"?... Vendredi 18 Juillet 2008 - 16:59
astroLes enfants vont bien ?
Dominique, votre étude n'est pas du tout probante. Pourquoi des enfants de 7 ans ? Pourquoi pas des enfants de 2 ans tant qu'on y est ? Ce qui est intéressant ce sont les adolescents. C'est l'âg... Vendredi 18 Juillet 2008 - 12:15
am18TOUT SIMPLEMENT MERCI
Merci pour cet article qui retrace un parcours malheureusement laborieux comme le sont tous ces parcours concernant la gestatation pour autrui. Merci aux médias de retracer ces histoires de vie , d'a... Jeudi 17 Juillet 2008 - 23:36
DominiqueLes enfants vont bien, merci
Dans un texte publié le 7 juillet lors de la conférence européenne ESHRE, Polly Casey a présenté une étude sur le bien être psychologique des enfants de 7 ans et des parents issus de trois grou... Jeudi 17 Juillet 2008 - 18:34
Contrat immoralmanipulation
Oui et bien sûr pour mieux induire le lecteur en erreur on met en scène des gens "sympathiques", on fait marcher l'affectif, qui brouille la raison. Il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'un marcha... Jeudi 17 Juillet 2008 - 18:17
Moniet les enfants, qui y pense ?
Ras le bol d'entendre parler du droit à un enfant. Avant de penser à eux, ces parents devraient penser aux enfants à venir ... et à ce qu'ils auront à porter, si tant est qu'ils leur disent la v... Jeudi 17 Juillet 2008 - 14:14
olibravo et merci
Bravo et merci pour ce superbe article ! et merci à Laure et Michel pour leur témoignage. Maintenant il faut que la situation évolue en France, que la GPA encadrée soit légalisée et que ces e... Jeudi 17 Juillet 2008 - 11:59
PimpMerci pour ce magnifique portrait
Quiconque a pu approcher Laure sait tout ce qu'elle est : intègre, rigoureuse, sympathique et généreuse. Merci de le retranscrire aussi bien dans cet article!... Jeudi 17 Juillet 2008 - 11:49
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